Une lumière s’est éteinte. Elle laisse sa fille, une de mes amies, faire face au monde sans elle.
Ça m’a fait réfléchir sur le sens de la vie, sur ce temps qu’on a et qui nous est attribué. Ce temps souvent trop court et sur tout ce qu’il reste encore à faire sur cette terre.
Quelques jours plus tard je suis allée voir l’exposition Néonsà la Maison Rouge (jusqu’au 20 mai), une formidable sélection de pièces d’art contemporain autour de ce médium lumineux, le néon. Tube cathodique coloré et flexible, modulable à volonté, il a cette beauté particulière de pouvoir créer des mots. Ces artistes l’ont bien compris, ils emploient la fée électricité pour parler de la vie, transmettre des messages lumineux et vous inviter à les recevoir. Peut-être parce que j’étais d’une humeur douce-amère, je les ai pris pour moi, comme des injonctions délicates, surtout l’ »Espérance » de Jean-Michel Alberola. Le printemps est un peu capricieux à Paris ces jours-ci, il semble réticent à dévoiler son beau ciel bleu et son soleil doré. Ce jour-là, la lumière venait de l’intérieur. Ça m’a fait du bien.
A light has just vanished. She leaves her daughter, a close friend of mine, to face the world without her.
It made me think about the meaning of life, this time that we have and that we have been awarded of. This time often too short and all that remains to be done on earth.
A few days later I went to see the exhibition at the Maison Rouge« Neon » (until May 20), a great selection of contemporary art pieces about this bright medium that is neon. Colored CRT, flexible, adjustable at will, neon has this particular beauty of being able to create words. These artists got that part well, they have used the magic of electricity to talk about life, transmit lightful messages and invite you to receive them. Maybe because I was a special mood that day, I took them for me, as sweet injunctions, especially Jean-Michel Alberola‘s « Hope ». Spring is a little temperamental in Paris these days, it seems reluctant to reveal its beautiful blue sky and golden sun. That day, the light came from inside. It felt good.
Je n’ai même pas mon permis de conduire et pas vraiment le pied marin et pourtant mon attrait pour la route et la mer est sans limite.
Durant mon voyage au Cambodge, j’ai pris le bus, la moto, la voiture. Tous les jours sur les routes et les pistes, à entendre un bruit de moteur et à voir du paysage défiler.
Je n’aurai jamais pensé dire cela un jour mais l’univers des motos commence à me fasciner. C’est en allant de temps en temps sur le blog Gatonegroet en découvrant une succession d’images qui racontent une narration désirable et libre: un mélange de filles lascives, blousons en cuir, tatouages et grosses cylindrées. Virilité chromée et invitation à l’ailleurs.
Et puis il y a les magnifiques ambiances d’un sépia soyeux de Bill Phelps, photographe new yorkais, amoureux des motos, qui possède aussi le Café Moto à Brooklyn. Prendre la route, c’est ne pas forcément connaître la destination, c’est s’arrêter sur des aires d’autoroute, en rase campagne, c’est se retrouver en dehors du monde, tailler la route, suspendre le temps, être pleinement dans le voyage.
I don’t even have my driving license and I can’t say I’m a good sailor and yet my attraction to the road and the sea is boundless.
During my trip to Cambodia, I have taken the bus, a motobike or a car. Every day on the roads and slopes, to listen to some engine sound and see the landscape pass.
I never thought I would say this one day but motorcycles world is starting to fascinate me. It’s because I visit from time to time the blog called Gatonegro and stream series of images telling a storyline of desirable freedom: a mix of luscious girls, leather jackets, tattoos and fancy motorcycles. Chrome virility and invitation to somewhere else.
And then there are the magnificent atmospheres colored in a silky sepia by Bill Phelps, New York photographer, motorcycle lover who also owns the Cafe Moto in Brooklyn. Taking the road is not necessarily about the destination, it’s a stop in lost highway resting areas, in a deserted countryside, it’s like being outside the world, time suspended, and be fully in the travel.
J’écris moins ces temps-ci, j’aspire à écrire mieux. Occupée sans doute, enthousiaste, à regarder et écrire les histoires textiles de mon dernier voyage au Cambodge, pour le projet Tissus & Artisans du Monde. Neuf vies en une comme les chats et aucune vie en plein.
Pourquoi ai-je l’impression d’être plus vivante quand je suis loin? Quand je regarde ces portraits d’artisans, de toutes ces personnes rencontrées au Cambodge, un sourire serein se dessine sur mes lèvres, une lumière se pose sur mes paupières. Là-bas sur les routes, au niveau du sol, les pieds bien dans la terre, rencontrer des gens différents chaque jour sans jamais parler leur langue, avoir la sensation sans doute erronée de tout comprendre, que tout est enfin à sa place, dans une vie en mouvement. Etre de passage et pourtant être pleinement présent.
Il y a cette phrase d’Eleanor Roosevelt qui dit quelque chose comme « Il faut faire chaque jour quelque chose qui vous fait peur. » Par peur elle veut sans doute dire, sortir de ses habitudes, échapper à la routine, vivre en plein, les yeux bien ouverts. Dans des vies protégées, confortables, si bien dessinées, comment avoir encore peur? Comment encore ressentir, pousser ses limites, ouvrir des portes?
En ce moment je vis un peu à côté, entre l’avant et l’après, entre les souvenirs et l’avenir. Sérieuse, occupée, concentrée. Un peu confinée. Paris m’étreint et m’ennuie. Un peu. Avant, je crois que c’est l’amour qui me donnait cette sensation de voyager, d’être dans la vie. Les transports amoureux. J’ai trouvé une autre porte, d’autres voyages. Et quand je vois le résultat: ces photos, ces mots, ces images et ces échanges, je me sens au bon endroit. En partance.
I write less these days, I aspire to write better. I am probably too busy working and writing the textile stories from my last trip to Cambodia for my documentary project World Textiles & Artisans. Nine lives in one like a cat and not one of these completed.
Why do I feel more alive when I’m away? When I look at these portraits of artisans, all these people I have met in Cambodia, a smile comes on my lips, a light lands on my eyelids. There on the roads, with my feet deep on the ground, meeting different people every day and never speaking their language, having the probably fake impression to get it all, that everything is finally in its right place, in a life in motion. Passing by and yet being fully there.
There is this Eleanor Roosevelt’s quote which says something like »Do one thing everyday that scares you. » With « scare » she probably meant, out of your habits, escape your routine, live fully, eyes wide open. In such over-protected lives, so comfy, so well drawn, how can you still get scared? How to feel, push your limits, open some doors?
At the moment I stand a little aside, between before and after, between memories and the future. Serious, busy, focused. Somewhat confined. Paris is boring me. A little. Before, I guess it was love that gave me the sensation of traveling, of being alive. Transported. I found another window, other travels. And when I see the result: these photos, these words, these images and meetings, I feel right at my place. On my way.
Dans la maison de Morimoto San, à Siem Reap. Vous pouvez découvrir son portrait sur Tissus & Artisans du Monde.
In Morimoto‘s house in Siem Reap. You can discover his portrait in the documentary World Textiles & Artisans.
Les albums de voyage vont se suspendre, avant de nouveaux départs et de nouveaux horizons. En attendant, Paris m’a reprise sous son aile et comme à l’accoutumée je manque de temps. Pour faire des choses et pour vivre, simplement. Bien sûr, c’est pour une bonne raison: les projets avant tout. Je trouve quand-même un peu d’espace pour me nourrir de belles images. Il y a quelques semaines déjà, je suis passée au détour d’une promenade à la Galerie Particulière pour y voir l’exposition des photographies de Claudine Doury sur sa fille Sasha. Une réflexion onirique et délicate sur le basculement fragile de l’enfance à l’âge adulte. Sasha, sa fille, est un beau sujet photographique, le regard rêveur ou buté et la féminité naissante.
Et puis je me suis plongée dans les magnifiques imprimés, archives de la créatrice Zina de Plagny, pour la maison Nina Ricci qui sont venus fleurir mon imaginaires. On pouvait les voir sur les vitrines du Bon Marché comme des envolées florales, légères et mystérieuses. C’est le printemps et la saison des jeunes filles en fleur.
Travel photo albums will be suspended a little, before soon new departures and new horizons. Meanwhile Paris has taken me under its wing again and as always I am running out of time. To do things and just to live. Of course, it’s for good reasons, great work and projects. I still find al ittle space to nourrish myself with beautiful pictures. A few weeks ago already, I have passed by the gallery Particulière to see Claudine Doury‘s exhibition with photos of her daughter Sasha. A dreamy and delicate reflexion about the fragile switch from childhood to adulthood. Sasha, her daughter, is a beautiful photographic subject, with her dreamy or obstinate look in her eyes and her blossoming feminity. Then I have immersed myself in the beautiful textile archives prints of designer Zina de Plagny for Nina Ricci’s latest collection. You could see them spread on Le Bon Marché’s window displays like a flying bloom, light and mysterious. It’s spring and the season of young girls in flower.
J’étais déjà allée une fois à Sapa, il y a dix ans de cela. Et je n’en avais presque rien vu du tout. La pluie battante, un brouillard épais et entêté. J’ai eu cette fois plus de chance. Des percées de ciel bleu dans des immensités brumeuses, une journée dans le village de Ta Phin où j’ai rencontré des femmes de la tribu Dao Rouge qui brodent leurs parures et costumes traditionnels, une visite du marché de Muong Hum, le dimanche aux aurores… Cette ville au Nord du Vietnam, à la frontière chinoise, est perchée dans les montagnes, près de rizières vallonnées et au confluent de nombreuses ethnies de montagnards qui vivent dans cette région âpre et sauvage. Quelques semaines avant à peine, j’étais dans la chaleur tropicale du Cambodge. Le contraste a été saisissant. Une échappée dans les nuages, toute en éclaircies et en découvertes. C’est formidable les deuxièmes chances, on ne voit pas les choses de la même façon, on se souvient de détails, de sensations vécues, d’odeurs, de couleurs et on y ajoute un univers entier de nouveaux souvenirs.
I had been once to Sapa, ten years ago. And I almost had seen nothing at all. Heavy rain, thick and stubborn fog. I had better luck this time. Blue sky breakthroughs in misty immensities, a day in the Ta Phin village where I met Red Dao tribe women who embroider their traditional costumes and ornaments and a visit at the Muong Hum market on a Sunday at early hours… This town located in northern Vietnam, on the Chinese border, is perched in the mountains, near rice fields and at the crossing of many ethnic groups living in this harsh and wild region. A few weeks before, I was just in the tropical heat of Cambodia. The contrast was striking. An escape in the clouds, all in enlightments and discoveries. Second chances are great, you do not see things the same way, you remember some details, experienced sensations, smells and colors and you add a whole world of new memories to it.
Depuis Hanoi vers Lao Cai, à la frontière chinoise, à bord du Victoria Express Train. Départ de la gare de Hanoi, le soir venu, pour un voyage de plusieurs heures, et se réveiller à l’aube, loin dans les montagnes du Nord du Vietnam. Des cabines en bois rouge laqué à l’élégance rétro, le tangage du train sur les rails, les lumières de la ville qui s’éloigne, pour s’enfoncer doucement dans la campagne et l’obscurité. Il y avait quelque chose de cinématographique dans cette expérience de voyage. Quelque chose de l’Orient Express, transposé dans les terres vietnamiennes. Il importait tout autant de faire ce déplacement en train que d’arriver à la destination elle-même. Un sentiment de liberté, d’être en mouvement, protégé, recouvert par la nuit, bercé par le roulis et les promesses du jour à venir.
From Hanoi to Lao Cai on the China border, aboard the Victoria Express Train. Departure from Hanoi train station at night fall for a several hours trip, only to wake up at dawn, deep in the mountains of northern Vietnam. Of red lacquered wooden cabins with retro elegance, swaying of the train on the tracks, lights of the city fading away, to sink slowly into the fields and obscurity. There was something cinematographic in this travel experience. Something of the Orient Express, transposed in the Vietnamese land. It was as important to do this travel this way than to reach the destination itself. A feeling of freedom, of being in motion, protected, covered by the night, lulled by the rolling sound and the promises of the day to come.
Tofu frit au sésame miraculeux de Little Hanoi, rue Hàng Gà.
L’essentiel d’un voyage se résume pour moi en quelques mots: manger et dormir. Manger pour comprendre la culture, découvrir, essayer les goûts et les sensations d’un pays, se réconforter, s’asseoir après une longue journée de rencontres et de déplacements. Et dormir, pour préparer ses rêves, se remettre de ses émotions, lâcher prise le temps d’une nuit. Tofu frit au sésame à la sauce de soja pimentée, rouleau de printemps frais au bœuf mariné à la coriandre, à préparer soi-même et à tremper dans une sauce au nuoc-mâm doux amer, bouillon brûlant de « phô » aux herbes et aux nouilles de riz blanches… Tous ces mets racontent des histoires de Hanoi. Ils disent les moments où j’étais assise à une table en solitaire, un carnet et un appareil photo à portée de main, à déguster joyeusement ces plats comme des bénédictions simples et heureuses.
The essence of a journey can be summarized in a few words: eating and sleeping. Eat, to understand the culture, learn, try the tastes and feelings of a country, to comfort yourself, to sit after a long day of meetings and travel. And sleep, to prepare your dreams, to recover from your emotions, to let go for one night. Sesame fried tofu with spicy soy sauce, fresh spring roll with beef marinated with coriander, to prepare yourself and soaked in a bittersweet fish sauce, hot pho broth with herbs and white rice noodles… All these dishes tell stories of Hanoi. They say the times when I was sitting at a table by myself, a notebook and a camera nearby, to happily enjoy and taste these dishes as simple and joyful blessings.
Thé au jasmin au Moca Café dans le quartier de la cathédrale, rue Nha To
(Images du city hôtel cosy et easy Essence Hanoi , 22 rue Ta Hien, en plein quartier des Trente Six Guildes, la vieille ville de Hanoi)
(Les images de mon dernier voyage qui me marquent plus que les autres, Vietnam / Cambodge)
On ne choisit pas ses souvenirs, ce qui va nous marquer, poser une empreinte inaltérable sur notre peau ou s’évanouir sans effort, sans laisser aucune trace. Avec le monde moderne, la rapidité, tant de choix divers, de vies, on peut passer tellement vite à autre chose.
Peut-être est-ce ce retour au Vietnam, après toutes ces années, qui me ramène enfin à moi-même et aux choses qui me sont essentielles. Des sensations ressenties bien vivantes sur lesquelles le temps n’a aucune prise. Je peux faire semblant d’oublier, de temps en temps. Et c’est tant mieux, ça rend les choses plus faciles, plus légères et insouciantes. C’est la seule chose que je puisse faire. Il n’empêche, je sais tout ce qu’il y a à savoir, tous les possibles, toutes les évidences, tous les rêves. Je ne regarde pas vers le passé, je porte avec moi ces émotions vers l’avenir. A défaut d’avoir prise sur le cours de la vie, j’ai décidé de vivre d’un optimisme voyageur.
You cannot choose your memories, the ones that will mark you, print unalterably on our skin or just vanish effortlessly, leaving no track. With the modern world, the speed, so many different choices, different possible lives, we can move on so quickly to something else.
Perhaps it is this return to Vietnam, after all these years, that finally brings me back to myself and to all the things that are so essential to me. Feelings very much alive on which time has no hold. I can pretend to forget, from time to time. And that’s a good thing, it makes things easier, lighter and more reckless. This is the only thing I can do. Nevertheless, I know everything there is to know, all the possibilities, all the certainties. I do not look back in the past, I carry with me these emotions into the future. If I have no take on the course of life, I have yet decided to live on an optimistic note.